HISTOIRE DU BUREAU D’ACCUEIL
Roncevaux est connu depuis des temps immémoriaux comme le lieu de franchissement incontournable des Pyrénées. Aussi, lorsqu’au début du IXe siècle, des pèlerins prennent le chemin pour se recueillir sur le tombeau de l’apôtre saint Jacques dont les reliques ont été découvertes en Galice, beaucoup empruntent le passage par le col de Roncevaux.
Vers 1132 , la fondation d’une collégiale et d’un hôpital favorise clairement cet itinéraire. De fait, très tôt, Saint-Jean-Pied-de-Port (port signifiant « col ») se développe comme ville-étape et point de rassemblement avant la traversée des Pyrénées.
Mais après le XIe siècle où il connaît un regain, le pèlerinage connaît de longues périodes d’éclipse avant de renaître dans les dernières décennies du XXe siècle.
Les Français ont alors beaucoup de retard par rapport à leurs amis espagnols en matière d’accueil des pèlerins. Dès la fin des années 1980, il existait en Espagne une chaîne de refuges aménagés dans des locaux désaffectés, ce qui a véritablement contribué au renouveau du pèlerinage de Compostelle. Des pèlerins de toutes conditions matérielles pouvaient ainsi s’engager sur le Camino francès en étant assurés de ne jamais dormir à la belle étoile.
Aménagement d’un premier refuge de six lits
Mais au début des années 1990, Saint-Jean-Pied-de-Port n’est pas encore structuré pour recevoir les pèlerins avant la grande étape de 25km qui les conduit à Roncevaux. Alors que leur nombre ne cesse de croître, rien ou presque n’est prévu pour les accueillir. Seule une salariée de l’Office de tourisme, madame Debril, les reçoit et les conseille, triant le bon grain de l’ivraie selon des critères qui lui appartiennent.
En 1991, Bertrand Saint-Macary et Sauveur Harumbu, deux adhérents de l’association des Amis du chemin de St Jacques Pyrénées-Atlantiques qui vient tout juste d’être créée, prennent l’initiative d’aménager un premier refuge pèlerins de six lits dans un local situé au 55 rue de la Citadelle.
Dans le cadre de son travail, Bertrand Saint-Macary se rend trois par semaine à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il y croise des pèlerins descendant du train de Bayonne, complètement désorientés et ignorant pour la plupart les difficultés de la première étape. Il réalise la nécessité de seconder Mme Debril et de trouver un local pour les accueillir et les conseiller. Or, en 1995, la municipalité vient tout juste d’acheter une maison au 39 rue de la Citadelle à laquelle le maire, Maître Charles Cabrol, souhaite donner une fonction publique. Tope là, il se laisse convaincre d’aménager un bureau d’accueil pour les pèlerins au rez-de-chaussée de la maison.
Quelques mois plus tard, en 1996, l’association peut occuper la totalité des lieux mais ce n’est qu’en 2001 que sont entrepris des travaux de restauration financés conjointement par la municipalité, le Conseil général et l’Union européenne.
Deux ans plus tôt, en 1999, le conseil général des Pyrénées-Atlantiques, que le nombre croissant de pèlerins avait interpellé, a créé l’association « Ultréia 99 » à Saint-Palais. Grâce à sa responsable, le refuge de Saint-Jean-Pied-de-Port est agrandi pour proposer une dizaine de lits et la maison du 39 rue de la Citadelle est restructurée : les pèlerins sont accueillis dans l’arrière-salle, la salle principale étant réservée à des expositions temporaires. Au départ, rien n’est prévu pour le logement des accueillants mais nécessité faisant loi, l’association finit par disposer de la quasi-totalité des locaux pour aménager des chambres. Outre le recrutement d’accueillants, elle se charge de fournir des hospitaliers pour assister Janine, la responsable historique du gîte municipal.
En 2010, année jubilaire, grâce à l’action de Monique Iriart, élue de la ville, le refuge municipal passe à 30 places. L’association des Amis du chemin de St Jacques prend à sa charge l’achat de nouveaux lits métalliques aux normes collectivités, indispensables pour lutter contre les punaises de lit.
Décision d’ouvrir le bureau d’accueil toute l’année
Lors de cette même année jubilaire, la revue de l’Association « Le Petit Bourdon », fait cet appel à ses adhérents : « Le passage des pèlerin étant en augmentation en toutes saisons, la nécessité d’un accueil hivernal au pied de cette étape particulièrement dangereuse où la mort rôde et frappe l’hiver se fait jour. Les pompiers des deux versants sauvent régulièrement la vie de personnes inconscientes mais surtout, ils appellent à des mesures préventives. La présence d’un accueillant hospitalier semble possible, certains d’entre vous s’étant déjà montrés intéressés par ce projet. » L’appel est entendu, dès lors, le bureau d’accueil reste ouvert toute l’année et les accueillants sont logés en demi-pension.
Les six premières années, le planning et la gestion des accueillants sont assurés par Jean-Claude Noguès, puis par Josette Lefèvre et son mari Robert qui s’occupe des statistiques avant que, durant un temps très court, la responsabilité du bureau d’accueil soit confiée à une salariée. L’expérience se révélant peu probante, Jean-Louis Aspirot, secrétaire général de l’association, et son épouse Monique prennent le relais en 2014 jusqu’en 2025. C’est aujourd’hui Peio Irachabal qui en exerce la responsabilité.
Au cours des années, la crédibilité de l’accueil s’est renforcée grâce à l’action et au dévouement de ses différents responsables, mais surtout grâce à la mobilisation des accueillants. Si, en grande majorité, ils sont français, le quart environ vient de l’étranger : Europe, bien sûr, mais aussi États-Unis, Australie, Corée du Sud, Brésil... Le nombre de pèlerins n’a cessé de croître pour atteindre le chiffre de 61.104 en 2019. En 2020, la covid et le confinement ont mis un brusque coup d’arrêt mais, depuis, la fréquentation est repartie. 54.979 pèlerins ont été accueillis en 2025.
La vie de l’association n’a pas été un long fleuve tranquille. Elle a dû dû faire face à des difficultés de tous ordres : un hébergeur privé lui a intenté un procès à l’époque où elle s’occupait activement du gîte municipal pour mettre fin à une prétendue concurrence déloyale, d’autres hébergeurs ont clairement manifesté leur volonté que les pèlerins ne bénéficient d’aucune information pouvant les mettre en concurrence, désaccords au sein du conseil d’administration conduisant à des départs…
Toutefois, l’Association qui aura 35 ans en 2026, a traversé les épreuves sans jamais faillir à sa vocation. Activement soutenue par la Mairie de Saint-Jean-Pied-de-Port qui lui loue à un prix raisonnable une belle maison basque bien située dans la ville, elle met à la disposition des pèlerins du monde entier un « incontournable du Chemin » où deux cents accueillants par groupes de 2 à 6 les accueillent chaque semaine du 1er janvier au 31 décembre.
En conclusion, nous ne résistons pas au plaisir de citer Joseph Theubet, président de l’association helvétique, qui nous a écrit après son passage en 1996 : « Étape fondamentale et symbolique puisqu’elle prélude au Camino Francès et que le moral des pèlerins dépend, bien souvent, de l’accueil qu’ils reçoivent... beaucoup d’amis du Chemin seront reconnaissants d’un accueil chaleureux afin qu’ils s’engagent avec enthousiasme sur le chemin d’Étoiles... »